Avis de grand froid.

Marseille le 4 janvier 2010 - Un sdf dans le centre ville / Illustration

 

Marseille le 4 janvier 2010 – Un sdf dans le centre ville / Illustration – P.MAGNIEN / 20 MINUTES

 

Vous vous souvenez…c’était en 1999, au siècle dernier . Souchon fredonnait ‘Petit tas tombé’. C’était il y a 18 ans.

Ici, on est la capitale de l’Europe, à deux ou trois battements d’ailes de papillon du Parlement Européen. Ici, on croise partout des petits tas tombés.

On les regarde. Ou pas. On les enjambe, on s’arrête. Ou pas. On leur sourit, on dit merci quand ils nous souhaitent une bonne journée. On leur donne une pièce, une cigarette, trois minutes de notre attention, un peu de compassion.

Ici, on est dans un pays où la démocratie et le confort matériel sont une réalité. Ici la température est glaciale. Les jours et les nuits. Ici les petits tas tombés dorment …où ils peuvent.

Aux plus isolés s’ajoutent ceux qui ont des compagnons félins et canins. Et puis aussi des femmes seules, et des familles avec des enfants.

Pour chacun, se nourrir et ne pas mourir de froid avant demain matin est une réalité.

Les élans solidaires se multiplient. Des distributions de vêtements chauds, de couvertures, de soupes sont organisées (en plus de celles qui sont régulières) . Des maraudes vont à la rencontre, chaque soir, de ceux qui n’y croient plus.

Un gymnase supplémentaire a même ouvert ses portes. Quelques dizaines de places entre 21h et 8h. Mais sans animaux. Donc sélectif. Et mathématiquement insuffisant. Ici c’est la capitale de l’Europe et on y a froid et faim.

J’essaye de comprendre…

Alors aujourd’hui je suis allée visiter la maison de Thomas. Histoire de vous raconter une histoire d’espoir.

La vie de Thomas s’organise entre deux logis sur le même palier d’un immeuble de l’hypercentre. Il y a créé un lieu mi-auberge de jeunesse, mi-woofing .

Le woofing, çà vous parle ?

En deux mots, un hébergement contre une participation au fonctionnement collectif. Pas d’échange d’argent parce que parfois on n’en a pas ou très peu. Mais on a des compétences, de l’enthousiasme, bref envie de cuisiner pour les autres par exemple ;-). Les lits payants version auberge de jeunesse financent le loyer.

Et me voilà au milieu de ce que certains, un peu maniaques, nommeraient une joyeuse pagaille. 🙂

Il y a des lits superposés dans chaque chambre, cuisine, salle de bain et salon sont partagés. Les sets de table dessinés deviennent des tableaux au mur, un ado fait ses exercices pour travailler l’apprentissage du français, il y a des sourires, des langues d’ailleurs, des clémentines et du thé. On voyage de la Tchétchénie à l’Erythrée, en passant entre autre par l’Azerbaïdjan. Je n’ai pas retenu tous les pays d’où vous venez, mais peu importe. De la pagaille, moi je retiens la joie.

Et puis aussi l’entraide et l’ambiance qui peut être studieuse.

Lorsque les places le permettent, Thomas les met à la disposition de l’urgence. De ceux qui compte jusqu’à 115 dans toutes les langues, mais sans succès.

Alors j’entends les râleurs me seriner que l’on est pas au pays de Oui-Oui.

Oui il héberge. Mais pas tout le monde.

Je ne polémiquerai pas.

La précarité engendre des troubles associés qui nécessitent des prises en charges professionnelles et spécifiques. Et comme on n’est pas au pays de Oui-Oui, et bien ne nous voilons pas la face sur cet aspect de cette réalité. On peut lui reconnaître d’être honnête avec ses limites.

Moi je vous raconte l’histoire de quelqu’un qui voudrait laisser un monde meilleur à ses enfants. Enfin à tous les enfants, on ne va pas mégotter, hein … Quelqu’un qui retrousse ses manches, et qui y va à la débrouille. Quand nos politiques ne vont, au mieux pas très loin, et au pire, nulle part.

Thomas, me dit, un peu fataliste, qu’ils sont déconnectés.

Moi je dis que tous ces petits tas tombés, faut vraiment se bander les yeux pour ne pas les voir. Se boucher les oreilles pour ne pas savoir.

D’ailleurs, avec Thomas, on se disait que ce serait pas mal que le maire de notre capitale européenne, se joigne un soir à une distribution. Oh rien d’exceptionnel. Juste enfiler sa veste et venir. Sans caméra ni rien.

Et puis si le premier mot est difficile, et bien je lui suggère de passer directement au second.

Avec un sourire et un gobelet chaud à donner. La reconnection devrait se faire. Etre humain, simplement.

Je ne peux pas imaginer que çà ne puisse pas fonctionner !

En attendant, merci Thomas, et les woofeurs  pour votre accueil 🙂 Et les ados, je croise les doigts pour votre brevet 🙂

Oursine

 

 

 

Petit Tas Tombe
Alain Souchon

Petit tas tombé
Petit tas tombé
Petit a sans petit b
Au pied du piéton
Une âme est sous les cartons
A quoi as-tu succombé
Petit ta vie pas sucrée
Oh petit tas de secret

On dirait que le ciel est nerveux
Que le soleil se sent morveux
On dirait que le ciel a peur d’eux
Que le soleil se sent merdeux

Petit tas mis là
Sans tatamis sans matelas
Une odeur de cendre
Une vie sans valeur marchande
Jolie passante
Mercedes éblouissante
Oh là sur le monde
Un peu de honte qui monte

On dirait que le ciel est nerveux
Que le soleil se sent morveux
On dirait que le ciel a peur d’eux
Que le soleil se sent merdeux

Ancien bébé rose
Amoureux au bouquet de roses
Dans ce monde équivoque
On est gêné quand on t’évoque
Petit tas tombé
Petit a sans petit b
Attention piéton
Une âme est sous les cartons
Petit tas tombé
Petit a sans petit b
Petit tas tombé
Petit tas tombé

On dirait que le ciel est nerveux
Que le soleil se sent morveux
On dirait que le ciel a peur d’eux
Que le soleil se sent merdeux

   

 

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Publié dans Bulles acides, Saison après saison

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